Exploring American Fashion History

juillet 7, 2022

Dans la foulée du Met Gala, l’exposition In America : An Anthology of Fashion a été inaugurée début mai. Il s’agit du second volet d’une exposition du Costume Institute, comme une série de tableaux vivants mettant en scène les créations de stylistes et de couturiers du XIXe au milieu du XXe siècle. Les visiteurs pourront découvrir une centaine de vêtements, masculins et féminins, mis en scène dans les salles d’époque de l’aile Américaine du musée, où plusieurs réalisateurs ont conçu des vignettes cinématographiques qui replacent les vêtements dans un contexte plus narratif, abordant des thèmes pertinents tels que l’émergence d’un style américain identifiable. Chloe Zhao, Sofia Coppola, Tom Ford, Radha Blank, Janicza Bravo et Martin Scorsese, pour ne citer qu’eux, ont apporté une perspective inspirée et individuelle à chacune des salles. In America : A Lexicon of Fashion – est un événement culturel incontournable qui revisite la mode historique avec une approche plus large, plus inclusive. Rencontre avec Jessica Reagan, conservatrice associée du Costume Institute.

Vanderlyn Panorama – Courtesy of the MET

Quels sont les points communs et les différences de la mode américaine avec la mode parisienne à la même époque ?
Au XIXe siècle particulièrement, la mode parisienne a fortement influencé le style américain. En revanche, la structure de l’industrie de la mode aux États-Unis était très différente de celle de la France – elle n’était pas définie par de grandes maisons comme Worth et Paquin. Les fondements du système de la mode américaine étaient composés de couturiers indépendants travaillant à une échelle relativement petite. S’ils n’ont pas eu la portée d’un créateur comme Worth, ils ont façonné la mode de manière plus subtile, à un niveau individuel.

Il s’agit d’une exposition en deux parties, Lexicon faisant office de préface à Anthology ; les deux expositions sont présentées simultanément. Outre l’aspect historique d’Anthology, qu’est-ce qui les distingue ?
Lexicon explore les traits saillants de la mode américaine, en particulier ses qualités expressives. Anthology se déroule dans les salles d’époque de l’aile Américaine du musée, et l’essence même de l’exposition y est profondément ancrée. Ce sont des lieux riches et immersifs, qui se prêtent à une présentation plus cinématographique ; mais ce sont aussi des espaces assez étroits, ce qui, je pense, nous a incité à construire des récits plus intimes, plus ciblés. De nombreuses salles sont consacrées à l’exploration du travail d’un seul couturier ou créateur. Nous avons appelé l’exposition Anthology parce que nous voyions chacune des salles comme une courte histoire – chacune d’entre elles se suffit à elle-même, mais elles sont également interconnectées et offrent, ensemble, un portrait plus nuancé de la mode américaine.

Charles James – Courtesy of the MET

La plupart des expositions construisent une scénographie autour de ce qui est présenté, alors que pour cette exposition, les vêtements sont présentés dans les pièces d’époque de l’aile Américaine du musée. Pensez-vous que notre perception de la mode change lorsque nous la voyons dans le contexte de son époque ?
Dans la plupart des salles, la mode est d’une autre époque que les intérieurs, et elle y est liée pour d’autres raisons – des connexions régionales ou de design par exemple. Je pense que nous regardons les modes, et les pièces elles-mêmes, différemment à cause de ces associations, car il y a une superposition de récits basés sur l’histoire des pièces, l’histoire des modes et la proposition du commissaire.

Avec la participation de neuf réalisateurs – dont Chloé Zhao et Sofia Coppola – la narration constitue clairement un élément central. En quoi les réalisateurs améliorent-ils l’expérience des visiteurs ?
Chacun des réalisateurs a apporté son propre point de vue, parfois en se rattachant à l’histoire de la mode, parfois en introduisant une nouvelle narration. Dans la salle Shaker, sur laquelle Chloe Zhao a travaillé, nous avons mis en avant les créations de Claire McCardell, et je pense que l’intervention de Chloe renforce l’expérience de la salle ainsi que les vêtements. Elle voulait que les visiteurs comprennent à la fois le modernisme de l’œuvre de McCardell et le caractère progressiste des Shakers, notamment en ce qui concerne leur adhésion à l’égalité des genres. Ainsi, Chloe a mis l’accent sur leur leadership féminin avec un mannequin en robe Shaker, censé représenter la cheffe de file des Shakers, Mère Ann Lee. Grâce à ses interventions subtiles concernant l’éclairage, elle a également maintenu le sentiment que cette pièce était un espace de contemplation, ce qui était sa fonction d’origine.

Bolhagen Rococo – Courtesy of the MET

L’exposition attire l’attention sur les ” anecdotes inavouées ” – les créateurs et la mode peu connus du grand public. En particulier pour les personnes qui ne peuvent pas visiter l’exposition, pouvez-vous donner un ou deux exemples qui pourraient enrichir notre compréhension de la mode/du style américain ?
Dans notre salle Richmond, nous mettons en avant les créations de Fannie Criss Payne, l’une des principales modistes de Richmond au tournant du XXe siècle, qui a bâti sa réputation sur ses compétences techniques précises et sa sensibilité artistique raffinée. C’était une couturière noire qui créait son entreprise dans une ville marquée par la ségrégation, mais elle est devenue une des principales professionnelles de la mode de cette époque. Elle est une des nombreuses créatrices de cette époque dont l’histoire et le travail sont relativement peu connus, en grande partie parce que peu d’exemples connus de son travail ont survécu. Nous ne disposons pas d’un grand nombre d’œuvres à étudier, comme c’est le cas pour des créateurs tels que Worth. Cependant, les couturiers locaux comme Payne, travaillant dans diverses villes des États-Unis, faisaient partie intégrante de l’industrie de la mode ici. 

Une autre créatrice que je mentionnerais, œuvrant une génération plus tard, est Elizabeth Hawes, qui n’était pas seulement une créatrice new-yorkaise de premier plan dans les années 1930 et 1940, mais aussi une écrivaine prolifique, qui signa plusieurs livres traitant de divers sujets, notamment l’état du système de la mode américaine et le rôle des femmes dans la société américaine. Elle avait une opinion très tranchée sur les problèmes qu’elle voyait dans le secteur de la mode, en particulier l’accent mis sur des tendances en constante évolution plutôt que sur des styles qui auraient un attrait durable. Elle a travaillé à Paris au début de sa carrière et a appliqué ses connaissances de la couture française à ses propres créations, mais elle était convaincue que les femmes américaines avaient besoin d’une mode conçue spécifiquement pour elles, plutôt que de styles basés sur des modèles français. Elle mettait l’accent sur le confort et la beauté intemporelle dans ses créations, et sa mode est toujours incroyablement moderne.

Cette interview a été légèrement modifiée pour des raisons de longueur.

In America : An Anthology of Fashion est présentée jusqu’au 5 septembre 2022 au Costume Institute.

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