Haut les mains : Christian Dior Couture

juillet 4, 2022

Comment dit-on fée au masculin ? 

« Tu mettras combien de crochets à ton col, ma belle ? » Madame Jacqueline, Première d’Atelier Flou, interroge une ouvrière pour remplir sa fiche de manutention. Une voix céleste lui répond « J’ai sept centimètres… » « Oui, donc quatre. »  Tout est blanc, le ciel a revêtu son manteau translucide. C’est la première collection réalisée depuis le retour des ateliers au 11 rue François 1er. Le rêve est à portée de main. Sur le thème de l’arbre de vie, la collection, si intimiste, fait corps avec l’atmosphère. En apesanteur, l’hiver fait la part belle au geste, à la délicatesse, dans toute sa virtuosité. Pas de tulle, mais de la mousseline, de la Georgette, des guipures, des matières qui fuient sous les doigts.  De la dentelle. Rien donc qui ne puisse être monté à la machine, et jusqu’à quatre cents heures pour une robe. Des cotons brodés évoquent des nappes anciennes, des dos en macramé font presque ressurgir le fantôme de Madeleine Dior, la mère du couturier. Une veste Bar est entièrement plissée, moulée, tous les plis sont tenus à l’envers. 

Courtesy of Laurence Benaïm

De la douceur et du tact avant toute chose. Maxime, issu d’une famille de sportifs et de boulangers pâtissiers, l’a bien compris. Présent dans la maison depuis quatre ans, rien n’agrippe, rien ne se tend sous ses doigts. Coutures anglaises, jours échelle, faux biais. Il faut rectifier le tombé, le restructurer pour éviter les « bosses ». Comment dit-on fée au masculin ? Le voici qui assemble les panneaux d’une robe de mousseline coquelicot, ayant pris soin de mettre en dessous du papier de soie, afin de contrôler les volumes. Le corsage et les manches sont à même, des rubans de velours smockent la matière subtilement brodée et évidée.  La main coud, on dirait qu’elle danse, le geste est aussi précis qu’aérien, créant un quadrillage de losanges dans lequel elle passera les rubans.  Dissimulés sous une bande brodée et aérée, les boutons pressions seront forcément invisibles. « La mousseline, c’est du flou pur, ça ne se maîtrise pas. C’est tout ce que j’aime ». Une histoire de biais et de ressources. Il précise : « Qu’une robe paraisse simple, alors qu’en dessous tout est complexe, c’est cela le secret de la haute couture. Il faut qu’une robe soit maintenue autour du corps, tout en le laissant respirer ». Un ange passe. 

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