Haut les mains : Rabih Kayrouz

janvier 24, 2022
Crédit photo : Laurence Benaïm

Le geste enroulé

Ces robes qui tournent dans la lumière, ce ne sont pas des volants, pas des frou frous, mais des arcs en suspension, des lignes arrondies par la main… Cette saison, Rabih Kayrouz, une fois n’est pas coutume, a choisi de présenter sa collection rive droite : le voici dans un appartement haussmannien, au 244 rue de Rivoli, où sous les moulures et les lambris haussmanniens, une centaine de modèles (prêt à porter et haute couture), se déploient comme dans un espace où les murs auraient disparu. La main est chez Rabih Kayroux une affaire de cœur « J’effectue un travail simultané entre le dessin et la forme, je dessine des gestes qui montrent l’allure, la silhouette, et en parallèle, je travaille sur les mannequins avec des tissu. » Il précise : « le mouvement est important, j’aime envelopper un corps, et je dessine encore. C’est un espère de mélange entre les deux. Une fois que cette forme est définie, je fais le choix du tissu en parallèle d’une forme, tout est binaire, on passe à l’exécution J’ai des couturières extraordinaires, certaines sont plus doués pour les pièces structurées, d’autres préfèrent les choses plus aériennes » Rabih Kayrouz assure « Je ne fais pas de différence entre le prêt à porter et la haute couture, le côté exceptionnel vient des tissus » dit-il en montrant là une veste est entièrement recouverte de strass.  « La même veste existe sans la broderie, c’est la différence entre les essentiels et les exceptionnels ».  Idem pour ces robes, celle-ci, est en mousseline et lurex avec des fils coupés à la main qui ne peut être industrialisable. « Ce que j’affectionne le plus, ce sont les jeux de construction, ce sont pour cette collection, ces kilomètres de cordons entièrement posés entre deux tulles :  tout le tissu a été façonné par les ateliers, c’est à peu près deux cents heures de travail ». Il montre une autre robe, la même, et complètement différente : « là, l’effet de lumière donne une illustion de dégradé, alors qu’il s’agit de cordons blancs enfermés dans du tulle noir ». Le rite est sensuel avant tout : « Je choisis mes tissus en les touchant, je forme mes modèles sur les mannequins, la main est indispensable. Ce n’est pas un métier qui se fait dans la tête La main doit répondre à notre imaginaire. J’aime les tissus qui ont du nerf ». La conversation sans parole s’engage : « Je prends le tissu et le je bouge pour voir comment il réagit, la manière dont il vibre il faut que je l’entende, j’aime les tissus qui ont un tombé sans qu’ils soient lourds, Il y a des tissus qui ont un tombé raide, comme le taffetas, ici cet alpaga a du rond, comme ce petit du pied poule qui tourne seul. N’importe quel geste de faire est un acte d’amour. On cuisine pour que les gens qu’on aime mangent, moi, je fais des vêtements pour ce que cette femme que j’aime pour qu’elles porten mes vêtements.  C’est une offrande, un partage. Je ne fais pas le vêtement pour regarder une femme. J’oublie que c’est le mien. D’où ma volonté de ne rien imposer. Pour se rassurer on se passe la main sur l’épaule, c’est beau que la main puisse aller partout, sans qu’elle s’accroche. Je n’aime pas les ornements. Et quand c’est une plume, c’est pour aérer, par pour décorer. Quand je prends un vêtement fini, il doit être impeccable dans sa tenue. Il y a des robes qui ne sont pas belles sur un cintre, qui sont un geste enroulé. Je les regarde comme un beau tissu. Et il y a des vêtements qui doivent être essayés pour redevenir vivants. Ils doivent être pris en main. Ce sont des sentiments. »  

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