Haute Couture : Adieu Monde Cruel

juillet 6, 2021

Les défilés parisiens entamés ce lundi sont autant d’appels à l’échappée, qu’elle soit exubérante (Schiaparelli), onirique (Unlyana Sergeenko), cosmique (Iris Van Herpen) ou pragmatique (Dior).

© Schiaparelli

La haute couture, rappelons-le, est une spécificité française, apparue dans les années 1880 et appellation contrôlée depuis un décret de 1945. Elle donne lieu aux pièces les plus uniques, à des démonstrations folles de savoir-faire, au summum du luxe. Une bulle accessible à un nombre infinitésimal de clientes, un monde à part. Confirmation avec les défilés automne-hiver 2021-2022 qui se sont ouverts à Paris ce lundi : les variants peuvent aller se rhabiller, «la couture», comme disent les initiés, reste dans la grande geste, envoie du rêve sans mollir.

Olé, Schiaparelli !

Chez Schiaparelli, iconoclaste et grande amie des surréalistes, faut que ça brille, que ça claque, que ça ose. © Schiaparelli Chez

Schiaparelli, on le sait, faut que ça brille, que ça claque (côté couleurs), que ça ose (côté formes). Iconoclaste, grande amie des surréalistes avec lesquels elle a beaucoup collaboré, Elsa Schiaparelli a notamment dit : «Travailler avec des artistes comme Bébé Bérard, Jean Cocteau, Salvador Dalí, Vertès, Van Dongen, et avec des photographes comme Hoyningen-Huene, Horst, Cecil Beaton et Man Ray vous plonge dans l’extase. Vous vous sentez soutenu et compris, hors de cette réalité vulgaire et ennuyeuse qui veut qu’une robe soit créée pour être vendue.» Depuis 2019, c’est le Texan Daniel Roseberry qui préside à la destinée de cette flamboyance pas facile à doser, et il s’en sort plutôt bien, en diffusant notamment un humour qui allège le «too much». Que Lady Gaga ait porté une de ses créations à l’intronisation de Joe Biden, et Beyoncé une autre à la cérémonie des Grammys, atteste sa bankabilité côté tapis rouges. Présentée en numérique, sa quatrième collection, «The Matador», devrait aussi séduire les papillons de lumière. Elle réactive l’exubérance Schiaparelli avec abondance de doré, argenté, vestes brodées, robes à seins-cônes, bijoux XXL, sac bouche, motif œil récurrent, chaussures plateforme… Les jeux de volumes sur les manches, qui donnent une silhouette cocon, sont tops, idem les plastrons sculptures pour guerrières glamour.

La collection Schiaparelli «The Matador» habille les guerrières glamour. © Schiaparelli

Unlyana Sergeenko, mystère en Carélie

Ange, en robe blanche à voile dans le dos ; sorcière en robe manteau de cuir rebrodé sur cuissardes : atmosphère onirique chez Unlyana Sergeenko. © Unlyana Sergeenko

 La créatrice russe Unlyana Sergeenko a un atout de poids (quoique plume au sens littéral) : sa compatriote Natalia Vodianova. Le mannequin toujours aussi magnifique à 39 ans (et cinq enfants, dont deux avec Antoine Arnault, fils du magnat de LVMH) est une fidèle – soutien, cliente, modèle. Elle est omniprésente dans la vidéo qui présente sa nouvelle collection. L’atmosphère est onirique, une campagne nimbée de gris bleu où flottent d’immenses ballons. Sur fond de Jay Jay Johansson (I Believe in you), Natalia Vodianova (ici en coupe garçonne et jais) traverse les champs, en créature changeante – ange, en robe blanche à voile dans le dos ; fée, en robe blanche et argentée, fendue haut sur la cuisse ; espionne, en robe grise brodée ; démon en corset-guêpière en cuir et jarretelles ; sorcière en robe manteau de cuir rebrodé sur cuissardes. Il ne faudrait pas en oublier pour autant la démarche, constante depuis 2011, d’Ulyana Sergeenko : mettre en valeur les savoir-faire de son pays, en collaborant avec les artisans les plus pointus. Le communiqué qui accompagne cette belle collection en cite d’ailleurs plusieurs, tel le Kruzhevnoi Krai atelier qui a «laborieusement tissé à la main, pendant quatre mois, les éléments de broderie intégrés à des corsets et à des basques de robes de soirée».

Depuis 2011 Ulyana Sergeenko met en valeur les savoir-faire de son pays, en collaborant avec les artisans les plus pointus. © Unlyana Sergeenko

Cosmique Iris Van Herpen

Déesses ou chamanes ? Les robes d’Iris Van Herpen sont en tout cas des sculptures stupéfiantes typiques du travail de la styliste qui œuvre avec la découpe au laser, en 3D et le recyclage de plastique. © Iris Van Herpen

Avec Iris Van Herpen, le décollage pour une autre dimension est toujours garanti. Même les confinements n’ont pas résisté à l’imagination de la créatrice néerlandaise, qui mêle poésie, technologie et sciences. Là, c’est carrément l’espace qu’elle investit, sous influence des images transmises par Apollo 8, tout en appelant à la mobilisation pour notre écosystème terrestre – la collection s’intitule Earthrise, présentée en numérique. Le clou du spectacle est un passage aérien, avec une robe présentée par Domitille Kiger, championne du monde de parachutisme dont la chorégraphie fait se confondre le vêtement et le ciel. Tout le défilé est planant, les filles semblent en apesanteur ou prêtes à l’envol, dans le décor montagneux. Sont-elles des déesses ou des chamanes ? Leurs robes sont en tout cas des sculptures stupéfiantes typiques du travail d’Iris Van Herpen, qui œuvre avec la découpe au laser, en 3D, le recyclage de plastique… Mention aux combinaisons au plus près du corps qui rappellent les wingsuits (combinaisons ailées), et aux bijoux de visage qui accentuent l’étrangeté hypnotique de ces apparitions cosmiques.

Le clou du spectacle : le vêtement porté par Domitille Kiger, championne du monde de parachutisme, se confond avec le ciel. © Iris Van Herpen

Dior, leader solide

Dior HC – © Ludwig Bonnet-Java

 Un «vrai» défilé, avec un public, dans les jardins du musée Rodin comme toujours, et soixante-quinze silhouettes quand une collection couture en compte généralement moitié moins (voire encore moins) : pour le retour au «presque normal», Dior renoue comme si de rien n’était avec ses habitudes – à ce détail près que le défilé se déploie en deux temps, pour cause de jauge réduite. Stabilité et sécurité, donc. A quoi il faut ajouter l’habileté de Maria Grazia Chuiri, aux manettes des collections femme depuis 2017. Elle est particulièrement palpable dans cette collection, cohérente de bout en bout, et délestée d’un discours féministe précédemment martelé. Adepte de l’association avec un travail artistique, Maria Grazia Chuiri a cette fois choisi celui de la plasticienne Eva Jospin (oui, fille de Lionel) connue pour sa maîtrise du carton et qui, là, investit la broderie avec une fresque murale foisonnante inspirée de la Salle aux broderies indiennes du palais Colonna à Rome. La connexion se fait naturellement avec la collection, notamment par la chromie, enchevêtrement de gris, bleus, verts, jaunes… La technicité est aussi réciproque, les silhouettes très précises, empreintes des codes maison mais contemporaines : buste et taille soulignés par les vestes d’inspiration Bar ou les ceintures, jambes libérées par la fluidité, l’ampleur, les fentes, les shorts. La salve tweed gris de pied en cap, dopée par une bombe équestre, est aussi chic que cosy. Un confort prolongé pour le soir, avec les robes plissées spectaculaires sans être contraignantes, portées sur de simples ballerines en résille.

A model presents a creation for Christian Dior during the Women’s Fall-Winter 2021-2022 Haute Couture collection fashion show in Paris on July 5, 2021 © Stéphane de Sakutin/AFP

La Fédération remercie Sabrina Champenois et vous invite à découvrir l’ensemble des contenus Mode de Libération via ce lien.

Lien :  https://www.liberation.fr/lifestyle/mode/

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