La nouvelle réalité de la couture

juillet 19, 2021

Les créateurs n’hésitent plus à proposer des pièces uniques à base de stocks dormants, matières biodégradables…

De gauche à droite, Ronald van der Kemp, Alexandre Vauthier, Viktor & Rolf. Ronald Van Der Kemp/Alexandre Vauthier/Viktor & Rolf

«Pour être honnête, j’espérais que nous tirerions les leçons de cette année écoulée, que la pandé-mie nous forcerait à repenser notre façon de travailler, surtout dans l’industrie de la mode, se dé-sespère Ronald van der Kemp. Finalement, j’observe que les gens sont plus intéressés par le fait de sortir que par celui de ne pas répéter les erreurs du passé. Personnellement, je me suis fait vacciner, mais sans doute, avons-nous besoin d’une autre dose, d’un autre genre de vaccin.» Cela tombe bien, sa collection s’appelle «Mind Vaccine», le vaccin de l’esprit.

Depuis 2015, le Néerlandais, persuadé que l’on peut créer de petites merveilles (en pièce unique ou en série très limitée) à base des stocks dormants, est devenu le pionnier d’une couture «upcy-clée». «Cette saison, nous n’avons acheté aucune nouvelle matière afin de recycler les tissus que nous possédions.» On reconnaît la soie plissée d’une création déjà vue qui, cette fois, se transforme en une robe longue à manches gigot et décolleté parsemé de breloques en résine et feuilles d’or.

Sur une tenue de patineuse eighties, le bustier est assemblé à partir de mille chutes de mousseline colorées, un grand manteau est conçu à base d’anneaux entrelacés découpés au laser, en collabo-ration avec une entreprise de recyclage hollandaise («Elle n’a jamais récolté autant de déchets tex-tiles que l’année dernière: confinés, les gens ont commencé à faire le ménage chez eux»). Chaque

pièce a une identité forte, s’émancipant des autres. «J’habille des femmes aux styles bien différents, des vedettes chinoises aux stars de Hollywood, en passant par Michelle Obama. Ce qui m’importe est que chacune d’entre elles devient, en portant mes vêtements, une ambassadrice du développement durable.»

Elie Saab
© RABEE YOUNES

Avant RVDK, aux Pays-Bas, il y avait Viktor & Rolf. Depuis la création de leur maison en 1993, Viktor Horsting et Rolf Snoeren n’ont eu de cesse de marquer les esprits par leur façon de bousculer les codes. Au tournant du millénaire, ce duo d’avant-garde a organisé les shows couture parmi les plus marquants. Pour dévoiler cette 59e collection, Covid oblige, ils avaient prévu de diffuser une vidéo. «Puis, voyant que la réglementation s’assouplissait un peu, nous avons saisi l’opportunité de mettre en scène cet événement éphémère.»

« À travers la couture, nous tentons de questionner la société, de nous interroger sur ses valeurs. Bien plus qu’un simple vêtement, nous le considérons plutôt comme un moyen d’expression. »

Viktor Horsting et Rolf Snoeren.

Sous le dôme de la Chapelle expiatoire, érigée à l’emplacement où Louis XVI et Marie-Antoinette furent inhumés, ils présentent «The New Royals». Cette série de robes d’apparat en matières syn-thétiques et de manteaux de fausse hermine biodégradable bordée d’un duvet de raphia ou de Lu-rex, est exagérément recouverte de joyaux de la couronne façonnés à partir de chutes de tissus d’anciennes collections. Là encore, un genre d’upcycling qui ne dit pas son nom. «Le système de la mode ressemble parfois à une monarchie. Elle a ses rois et ses reines. Et un peu comme dans les familles royales, le show doit continuer quoi qu’il arrive. À travers la couture, nous tentons de ques-tionner la société, de nous interroger sur ses valeurs. Bien plus qu’un simple vêtement, nous le considérons plutôt comme un moyen d’expression.»

Sur le parvis du monument, on croise Thierry-Maxime Loriot, commissaire de la rétrospective Thierry Mugler: couturissime», au Musée des arts décoratifs à la rentrée, et à l’origine de cette mise en scène royale: «En réinventant leurs propres codes saison après saison, les collections de Viktor & Rolf captent non seulement l’air du temps, mais parlent de notre société. Au-delà de leur élégance et de leur humour, elles sont pertinentes pour tous.»

© Alexandre Vauthier

La situation est difficile au Liban. Pourtant, malgré la pandémie, la crise socio-économique du pays, les coupures d’électricité et les pénuries d’essence, les petites mains d’Elie Saab ont confectionné, une à une, les 63 tenues d’apparat de l’hiver prochain. Des robes de bal à crinoline géante piquée de pétales multicolores en relief, des fourreaux de tulle brodé qu’on dirait en pleine floraison mais aussi des combinaisons pantalon réchauffées de capes orientales ornées de brassées ton sur ton. «M. Elie Saab habille des femmes de toutes les générations, de la mère à la grand-mère en passant par sa petite-fille, explique la directrice de la communication en l’absence du couturier. Il nous faut donc proposer un large choix de silhouettes pour toutes les occasions.»

Alexandre Vauthier retourne à ses premiers amours: le noir et les diamants. «Quoi de plus parisien, non?», lance-t-il dans un large éclat de rire. Sur les images, une jolie fille tout en jambes vêtue d’un costume de meneuse de revue brodé de plumes avec coiffe assortie, fruit d’une collaboration éton-nante avec le plumassier Lemarié. Ella a une dégaine de cow-boy. «Pourquoi ce côté western chic? Je ne sais pas… Une envie instinctive de reconquête du nouveau monde, même si les bases et la mécanique sont toujours les mêmes.» Les Anglo-Saxons appellent ça: «The new normal».

La Fédération remercie Valérie Guédon et vous invite à découvrir l’ensemble des contenus Mode du Figaro via ce lien.

Lien : https://www.lefigaro.fr/style

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