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16/07/20

Partenaires d’exigence

Affinités créatives et recherche de l’excellence ont réuni Julien Fournié et son plumassier favori : Maison Vermeulen.

Reportage lors d’un essayage intermédiaire. Julien Fournié et Julien Vermeulen mettent leur savoir-faire en commun pour créer la « robe tempête » : le couturier a imaginé un fourreau rebrodé de plumes de différentes tailles dans un camaïeu de gris et de violets. Julien Vermeulen, le jeune et talentueux fondateur de Maison Vermeulen, plumassier parisien, a travaillé, coloré, découpé, ébouriffé, brodé les plumes sur une bonne moitié de la robe bâtie que l’atelier de Haute Couture lui a envoyé.

Julien Fournié et Julien Vermeulen vérifient sur Michaela Tomanovà l’effet et le mouvement des plumes avant de poursuivre ce délicat travail de précision. « Il faudrait ajouter des tonalités plus sombres à la taille » lance l’un, « pour accentuer le mouvement » renchérit le second. Nos deux Julien ont à peine besoin de mots pour dialoguer. Ils se comprennent d’un regard, presque instinctivement. 

« C’est un plaisir de travailler avec Julien Fournié » confie le plumassier. Il me fait confiance, me laisse la partie technique. Mais il ne laisse rien passer. Ses projets sont toujours très précis et même s’il connaît moins les aspects concrets du travail de la plume, il sait exactement le résultat qu’il souhaite obtenir ». 

Ce binôme n’en est pas à son coup d’essai. Les deux compères collaborent depuis que Julien Fournié s’est senti happé, en 2017, par l’océan de plumes noires dont Julien Vermeulen avait paré les murs du palais de Tokyo. « C’est Instagram qui a fait les présentations entre nous. Je « likais » régulièrement des photos sur le compte de Julien Fournié » raconte l’artiste de la plume « et vice-versa », renchérit le couturier…. « Jusqu’à ce choc visuel lors de cette exposition. Il se trouve que je pensais déjà à mon défilé « Premier Crime », inspiré par Hitchcock. J’ai voulu lui proposer d’appliquer la même technique sur une robe entièrement recouverte de plumes noires tronquées comme des lames, en hommage aux « Oiseaux » du maître du suspense. » C’est le look qui a ouvert son défilé porté par Celina Locks.

Chaque saison qui a suivi depuis a été l’occasion d’une nouvelle collaboration : on se souvient d’un boléro court évoquant les cactus aussi vaporeux que piquants de l’ile volcanique de Lanzarote dont Julien Fournié avait fait la base de son inspiration pour sa collection « Première Plénitude ».

Une coiffe avec une grande envolée de plumes bleues au sommet de la silhouette de Nastya Lupey dans « Premier Sortilège », défilé hommage aux sorcières de tous les temps, féministes avant l’heure.  

Ce qui a attiré Julien Vermeulen vers la plume en tant que matériau -, ce n’est si sa légèreté, ni son caractère évanescent, mais plutôt : « La lumière. Physiquement et chimiquement, La construction de la plume conduit ce matériau inouï à réagir de manière très spécifique à la lumière. » 

« Avec Julien Vermeulen, la plume n’existe plus en tant que telle. C’est un trompe-l’œil, un medium pour évoquer l’ardoise, la poudre, la brillance. »  explique Julien Fournié. « Il s’est affranchi de tous les codes un peu désuets associés à la plumasserie. Sa principale qualité  défaut c’est qu’il n’est jamais content de lui. »

Le défi actuel pour Julien Vermeulen se situe sur le plan de l’écoresponsabilité : « Il est très difficile de tracer sérieusement la provenance d’une plume qu’on achète. Avec l’aide de la Fondation Bettencourt-Schueler et de la Fondation d’entreprise EY, Maison Vermeulen est en train de mettre au point une filière 100% Made in France, pour sélectionner et contrôler les élevages avec lesquels on peut travailler en toute transparence. Nous n’utilisons que des plumes issues du recyclage des déchets de l’industrie alimentaire et nous avons tout ce qu’il nous faut pour le faire entièrement en France (avec des élevages de paons, de faisans, d’autruches…). Plutôt que de les faire venir des quatre coins du monde sans pouvoir contrôler ni le bien-être animal ni les  conditions de travail des êtres humains qui conditionnent la production de ces plumes. L’idée est de tout rapatrier depuis la source pour mieux contrôler. Nous devrions y arriver dès janvier 2021. »

En ce qui concerne leurs rêves respectifs, celui de Julien Vermeulen consiste : « dans le maintien et le développement des activités de Haute Couture. Sa fonction est de créer du rêve. C’est essentiel. » 

Julien Fournié, quant à lui voudrait… « trouver des investisseurs qui comprennent qu’investir dans une maison de Haute Couture prendrait davantage de sens encore  dans un écosystème qui inclut l’artisanat d’art français et qui, du coup, envisagerait d’investir également dans la Maison Vermeulen ».

Les deux hommes qui se reconnaissent mutuellement en tant que créatifs et entrepreneurs semblent prêts à inscrire leur collaboration dans le temps et à surprendre chaque saison avec des projets nouveaux sur tous les plans.

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