Rencontre avec Virginie Viard

juillet 6, 2020

Directrice du Studio Chanel depuis plus de vingt ans, Virginie Viard coordonne avec dynamisme et enthousiasme le travail de Karl Lagerfeld et celui des petites mains de la rue Cambon. Elle sait donner vie aux croquis de Karl Lagerfeld et canaliser son foisonnement créatif. Virginie Viard évoque son parcours, sa passion pour le métier et les étapes de la création d’une collection. 

Quel est votre parcours ?  

J’ai suivi le cours Georges à Lyon. Mes grands-parents sont soyeux et ma famille adorait la mode. J’aimais également ce monde, mais je voulais surtout réaliser des costumes de théâtre. J’ai commencé le métier de costumière en étant assistante de Dominique Borg qui a notamment réalisé les costumes de Camille Claudel, puis j’ai été costumière sur des films et des pièces de théâtre, jusqu’à ma rencontre avec Karl qui m’a proposé de travailler chez Chanel puis chez Chloé. J’ai finalement décidé de me concentrer sur la mode, même si j’ai fait dans le cinéma des rencontres extraordinaires : Isabelle Adjani, Bruno Nuytten et aussi Krzysztof Kieslowski dont j’ai réalisé les costumes pour « Bleu » avec Juliette Binoche et « Blanc ». 

En quelle année avez-vous commencé à travailler pour la Maison Chanel ?  

J’ai commencé à travailler chez Chanel en 1987. Très vite je me suis occupée des broderies. J’adorais aller chez Lesage, j’y vais toujours avec le même plaisir d’ailleurs. Lorsque Karl a repris Chloé, je l’ai suivi pendant cinq ans. Je n’ai pas vraiment vu la différence dans le sens où je continuais à travailler avec lui. Ma mère, mes tantes portaient toutes des robes Chloé. J’ai toujours aimé ça. Après, lorsque nous avons arrêté Chloé, je suis revenue chez Chanel en tant que coordinatrice de la Haute Couture. Je n’ai commencé à m’occuper du Prêt-à-Porter qu’en 2000. Ensuite l’équipe s’est étoffée… 

Quelle différence d’approche avez-vous entre la Haute Couture et le Prêt-à-Porter ?  

Je n’ai pas de préférence entre le Prêt-à-Porter et la Haute Couture, j’aime tout ! Le Prêt-à-Porter c’est bien sûr plus « light » mais surtout complètement différent. D’ailleurs, je n’adresse pas les mêmes instructions aux équipes et ce ne sont pas les mêmes premières d’ateliers qui sont en charge de la Haute Couture et du Prêt-à-Porter. Comment élaborer le vêtement, l’approche, l’esprit d’un style sur la Haute Couture ne vient pas du tout de la même manière que pour le PAP. Ce sont deux approches différentes et des processus de productions propres à chacun. 

Comment gérez-vous le temps et le stress au moment de la réalisation d’une collection ?  

Je n’aime pas que l’on prenne du retard. Je préfère que tout se fasse en douceur. C’est pour cela que j’aime bien avoir les croquis de Karl tout de suite après la fin d’une collection pour pouvoir aussitôt commencer à préparer la suivante. Je n’aime pas travailler sous pression et l’élaboration d’une collection est déjà stressante en soi. C’est important que tout aille de l’avant, je ne veux pas qu’il y ait de tensions, je me vois mal dire à Karl : « attention à la deadline ! » comme vous pouvez l’imaginer. De toute façon nous avons une équipe extraordinaire, donc tout roule. Karl est plein d’humour et tellement facile à vivre. Nous sommes aussi hyper consciencieux, chacun faisant tout pour qu’il soit satisfait, et je pense que c’est agréable pour lui de travailler dans un tel climat. 

Quels sont les impératifs pour vous en tant que Directrice de Studio ?  

C’est assez intuitif pour moi. J’ai l’impression de faire le même travail qu’il y a vingt ans. Tout s’enchaîne facilement parce que c’est avant tout un travail d’équipe. Je n’ai pas l’impression d’être « Directrice ». La hiérarchie ne se ressent pas, elle est intégrée. Même si les équipes comptent sur moi bien sûr. 

Il n’y a jamais de conflit.  

Au final c’est Karl qui regarde les tenues avec les premières d’atelier, je n’ai pas besoin d’être là. C’est toujours lui qui a le dernier regard. 

L’évolution des femmes, des clientes Chanel.  

Je pense que la cliente Chanel est plus moderne, plus jeune, avec un sens de la mode plus développé. Ce sont surtout les boutiques qui ont beaucoup évolué. Il y a sans cesse des nouveautés. Les gens poussent la porte plus volontiers. Chanel est la Maison qui a le plus de collections par an avec huit au total dont six en Prêt-à-Porter. J’aime ce rythme effréné, quand on s’arrête c’est difficile de reprendre… notre cadence laisse la possibilité de faire énormément de choses différentes, il y a toujours des idées en sommeil… 

Y a t-il des éléments extérieurs qui vous inspirent ?  

Je suis plutôt curieuse. La mode, je la regarde, mais ce n’est pas là que je trouve mes inspirations. J’ai un fils de seize ans qui m’inspire vraiment, j’adore par exemple le suivre dans ses devoirs, ca me permet de m’évader. J’aime lire aussi, c’est ce que je préfère avec la musique, qui m’influence énormément. C’est ce qui m’aide à me ressourcer. Mon fiancé est dans la musique donc je baigne dedans. Lorsque l’on consacre beaucoup de temps à son travail, chaque moment « autre » est précieux et riche. Je ne prends plus ces moments de la même façon. Je suis allée dernièrement deux fois au théâtre et c’était vraiment intense ! Lorsque je vais voir une expo à Versailles par exemple, je suis attentive à tout, au moindre détail et c’est une expérience dont je veux profiter au maximum. 

Vous arrive-t-il de vous demander si Coco Chanel aurait aimé la collection ? 

Je ne me pose pas la question. Ce qui me met sous pression, c’est de réussir la collection. Le jour J arrive vite et chaque fois que l’on passe à l’essayage, c’est presque comme voir un défilé. Dès que j’ai un doute, je remontre tout à Karl. Je lui dis « peut être qu’il manque quelque chose » et il trouve tout de suite une solution. 

Est-ce que l’âme de Coco Chanel plane toujours sur la rue Cambon ?  

Oui, c’est comme quelqu’un que l’on a bien connu. Son aura plane encore sur la Maison.   

Propos recueillis par Armelle Leturcq 

Magazine avant-gardiste depuis 1998.

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