Sophistication Azzaro Couture par Olivier Theyskens

janvier 25, 2021

Votre court métrage fait référence à l’univers esthétique de la fin des années 60, début des années 70 oU la liberté et l’insouciance étaient de mise, comment cette époque chère à Loris Azzaro inspire votre travail créatif ?

L’accent de la vidéo est avant tout focalisé sur les relations d’un homme et d’une femme à travers un jeu de rapprochement et de distanciation, de réflexions et de miroitements. C’était important pour moi que nous ne puissions placer les séquences de ce court métrage dans une logique temporelle, nous sommes plutôt démunis de repères et évoluons entre un présent suspendu entrelacé de ce qui s’apparente à des souvenirs. L’énergie des années 60 – 70 est effectivement conductrice de libertés qui ont été portées à l’écran brillamment grâce au cinéma de ces années-là et aux actrices emblématiques qui se sont souvent vêtues avec les créations de Loris Azzaro. Les images de cette époque me marquent et m’inspirent, je désire explorer plus avant cette facette de la maison et aussi la communiquer.

Vous entrelacez cet esthétique seventies à un univers plus mystérieux, oU la réalité alterne avec l’onirisme dans un songe vaporeux qui résonne avec la période que nous traversons, comment le contexte actuel influe votre création ?

Ma réaction à notre époque est mixte : d’une part je cherche l’intemporel à travers des créations exprimant une évidence ou une force qui veut défier le temps, c’est le désir de poursuivre une silhouette que l’on veut iconique, comme une épure et une ode à la féminité. La palette est sombre avec des accents métalliques et des éclats de cristaux. Il en est de même pour le vestiaire de l’homme oU la masculinité s’exprime dans des volumes amples et fluides. Mais d’une autre part l’époque m’inspire aussi de la légèreté que j’apporte ponctuellement avec la couleur dans des pièces dont l’esprit est teinté de touches rétro-futuristes et de confort. Ces deux axes se côtoient, l’un conduisant vers l’offre couture de la maison et l’autre vers le prêt-à-porter plus jour.

Le film révèle le portrait d’une femme et d’un homme Azzaro entre lâcher-prise et ultime sophistication. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel univers avez-vous voulu créer,quelle histoire avez-vous souhaité raconter à travers cette vidéo ?

Le mystère entoure toute relation. Il inspire à l’infini le cinéma et l’écriture. Je voulais exprimer ce mystère des relations par des scènes aux accents d’onirisme et d’idéal qui côtoient aussi l’ombre et la solitude. La majeure partie des images joue sur la multiplication des reflets, la déformation, la proximité ou la distance. Cela m’a paru naturel de confronter cet aspect des relations aux éléments changeants du temps qui passe.

Les scènes du film font le jeu de la réflexion dans des miroirs facettés ou fluides, comme un monde fragmenté et flottant à la fois, pourquoi ce choix ?

Plutôt que l’un à l’autre, je voulais privilégier le rapport des protagonistes à leurs propres reflets. J’aime cette idée sachant qu’ils se savent vus aussi. Ceci à travers la projection de l’image au propre comme au figuré.

Nous retrouvons cette fluidité métallique dans le choix des matières pour femme comme pour homme, que vous évoque ce métal versatile ?

J’associe tout naturellement le nom Azzaro à ce panel de reflets, de miroitements métalliques, d’ombres et de lumières. Sans doute ceci est lié aux photos incontournables, souvent en noir et blanc, qui composent l’iconographie spécifique de la maison. Aujourd’hui la qualité technique ultramoderne de certains textiles permet d’explorer avec nuance cette tendance.

Nous percevons des clins d’œil aux muses iconiques de la maison, telles Jane Birkin ou Marisa Berenson. Quelles ont été vos inspirations et vos références et comment inspirent-elle votre création?

Elles sont près de moi à tout moment car je pense à elles nonstop. Chaque fois que j’aborde une création, de sa conception aux essayages, je pense aux femmes, et spécifiquement aux femmes dont l’esprit libre jaillit, apportant émotion et vérité, beauté et lumière.

Les codes forts d’Azzaro sont présents comme la broderie 3 anneaux qui ouvre le film ou des robes de soirée miroitantes chères à Loris Azzaro, comment cet héritage inspire vos collections ?

Certains codes très spécifiques de la maison me donnent des idées. C’est une chance pour un designer d’avoir la « permission » d’utiliser des codes qui sont le fruit du travail d’un autre créateur avant soi. Quand on veut évoquer l’univers d’une maison, on parle de « l’âme » de la maison. Cette âme est sacrée et il faut la protéger et l’aimer tout en lui apportant de nouvelles approches de création.

La musique tient une place importante pour Azzaro et en particulier dans ce film. Pourquoi le choix de ce titre en particulier de Frederik Valentin & Loke Rahbek ?

J’ai su à la première écoute que ce morceau est le morceau du film. Je l’ai entendu par hasard et n’en ai pas démordu depuis. J’ai un caractère qui peut être assez têtu quand mon intuition est forte. Ce morceau à la mélodie entêtante et répétitive allie les graves et les aigus, une vulnérabilité instillée grâce à de légers décalages de notes et d’accords, tout ce que j’aime.

Les créations présentées alternent entre l’extrême sophistication de la Couture (avec des pièces entièrement brodées comme une robe courte trapèze aux motifs éclatants ou une robe blanche à basque constellée de cristaux) et des robes ultra glamour plus épurées en velours lurex ou en crêpe. Pourquoi mélanger ces 2 univers ?

J’ai voulu jouer d’un équilibre entre l’expression de la sophistication ultra couture et la praticité du design. Cette balance s’exprime à travers des modèles déconcertants de simplicité et d’autres à l’architecture plus complexe. Mais le diable se cache dans les détails et même les pièces les plus simples révèlent la main de l’atelier de la maison.

Le film révèle également un vestiaire pour l’homme dans la continuité de l’univers féminin avec des pièces très fortes en lurex liquide ou en broderie armure. Comment appréhendez-vous la création de cet univers ?

La collection de l’homme est très axée sur un prêt-à-porter fort pour un homme moderne ce qui n’exclut pas la présence de certains modèles ateliers très couture qui sont intégralement brodés. Des ponts existent entre les collections femme et homme grâce à certaines matières qui y sont présentes de façon commune. Certains design également offrent cette fluidité mais toujours avec un fit adapté.

Si vous devez résumer cette nouvelle collection en quelques mots, quels seraient-ils ?

Je dirai : Elle et Lui, Azzaro, Romy, Jane B, Tailleur, Cristal, Allure Intemporelle, Simplicité et Sophistication.

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